Le lait de jument et le lait d’ânesse

 

En bref :

Ce lait précieux, possède des atouts naturels très intéressants pour la santé de l’homme. Il restaure les défenses immunitaires grâce à ses puissants anti-bactériens, ce qui est assez rare à trouver dans un élément naturel en aussi grande quantité. Ce lait régule et restaure également la flore intestinale.

Un autre atout intéressant est que ce liquide de jouvence ralentit le vieillissement cellulaire de la peau et réactive le collagène grâce à la présence d’un acide et d’une protéine. Il est aussi un très bon tenseur, hydratant et cicatrisant de la peau. Extrêmement riche en vitamine C". (J.C. Siour)

 

 

Historique  :

 

Le lait de jument et le lait d’ânesse nous semblent méconnus mais leurs utilisations sont de tradition vieille de plusieurs millénaires.

La connaissance des bienfaits du lait de jument remonte à l’époque de la Grèce Antique. Ses propriétés ont été soulignées par les diététiciens et les médecins antiques (Aristote, Hippocrate). Ce qui renvoie à la civilisation des peuples de langue et de culture grecs durant l'Antiquité.

L'Antiquité est en Histoire une notion de découpage temporel dans l'évolution des sociétés humaines, correspondant aux premières civilisations de l'écriture autour de la Méditerranée et au Moyen-Orient, après la Préhistoire, et avant le Moyen Âge (au IV millénaire av. J.-C.-3500, -3000)

Le lait d'ânesse était déjà utilisé par les Romains pour ses vertus thérapeutiques.

Le VIIIècle av. J.-C., correspond à la date légendaire de la naissance de Rome (-753).

 

Les personnages clés :

Certains personnages historiques utilisaient le lait de jument et le lait d’ânesse pour leur beauté.

- Néfertiti, fut la Grande épouse royale d'Akhénaton (-14081372). Sa beauté est légendaire, et il est certain qu’elle exerçait un rôle politique et religieux important. Lorsqu'une équipe d'archéologues américains entreprit récemment la reconstitution virtuelle des parois du temple d'Aton à Karnak à partir de talatates, elle eut la surprise de constater que les représentations de Néfertiti étaient plus nombreuses que celles d’Akhénaton.

- La reine d'Égypte antique très connue sous le nom de «Cléopâtre» (-69- 30), qui prenait exclusivement des bains de lait d'ânesse.

- Poppée (Poppaea Sabina) (v. 3065), la seconde épouse de l’empereur romain Néron, qui utilisait pour cet usage un troupeau de 500 ânesses (les historiens de l’Antiquité lui trouvent peu de qualités en dehors de sa beauté et soulignent ses intrigues pour devenir impératrice).

- Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach (née le 24 décembre 1837 à Munich, fut impératrice d’Autriche (1854–1898) et reine couronnée de Hongrie (1867-1898). Elle est universellement connue sous le surnom de Sissi.

- Marie-Joseph Rose de Tascher de la Pagerie, plus connue sous le nom de Joséphine de Beauharnais (1763 - 1814) fut Impératrice des Français (18041809), et épouse de l'Empereur Napoléon I. En France, en 1850, le lait de jument servait de substitut au lait maternel dans les hôpitaux.

Vertus pédiatriques :

Dans les années 40, en Finlande, les premières collectes de lait dans les Haras Nationaux sont organisées à destination des services pédiatriques. Les médecins finlandais Thoroddsen et Aatlo mettent en évidence la similitude du lait de jument avec celui de femme. Etant donné que le lait de jument est albumineux et pauvre en matière grasse, il est très digestible. Il peut se substituer au lait maternel. Il est particulièrement recommandé pour les prématurés et les nourrissons présentant des troubles diarrhéiques. En Allemagne, le lait de jument est distribué avec succès aux prématurés et aux nourrissons à l’hôpital de Berlin- Charlottenburg. Chez les enfants soignés avec du koumiss, les symptômes des maladies disparaissent plus rapidement (Drogoul, 1993).

Les enfants, comme les adultes, sont aujourd’hui de plus en plus souvent allergiques. Le lait de jument régule la digestion, renforce le système immunitaire et fortifie l’organisme des nourrissons (Hoffken, 2001).

 

Vertus dermatologiques :

Les vertus dermatologiques du lait de jument sont dues aux propriétés de différents composants du lait :

- Les protéines ont un pouvoir hydratant. Elles sont aptes à la gélification permettant une utilisation en tant qu’adjuvant de liaison et de viscosité et elles ont des propriétés émulsifiantes et moussantes.

- Les protéines solubles ont un effet tenseur filmogène, effaçant temporairement les rides tampon dans le maintien du pH de la peau

- Les glycoprotéines participent à l’augmentation du pouvoir hydratant et au maintien de l’organisation de la matrice extracellulaire dans le processus de vieillissement de la peau.

- La lactoferrine joue un rôle dans la prévention du vieillissement cutané et la protection contre le soleil.

- La lactoperoxydase avec son pouvoir antibactérien pour avoir une action sur les peaux grasses à tendance acnéique. -

Des phospholipides interviennent dans la reconstitution du ciment intercellulaire. - Le lactosérum est préconisé comme agent d’hydratation

- Les acides gras insaturés participent à la formation et à l’entretien des membranes cellulaires (Cotte, 1991).

Le lait de jument est recommandé dans la thérapie d’affections cutanées chroniques comme le psoriasis, la neurodermite, l’eczéma, les allergies de la peau et l’acné. Il permet la diminution des démangeaisons et des inflammations (Hoffken, 2001). Le lait de jument a des effets cicatrisants et protecteurs sur la peau.

Vertus diététiques :

Les vertus diététiques du lait de jument sont liées à la composition de ce lait. C'est-à-dire :

- à la richesse du lait en acides gras monosaturés qui diminuent le « mauvais » cholestérol et augmentent le bon.

- à sa richesse en oméga 3 et 6 (essentiels car notre organisme est incapable de les synthétiser)

- à sa richesse en vitamine C (rôle antiscorbutique, antitoxique, anti infectieux, antioxydant)

- à sa richesse en lactose qui stimule la synthèse des vitamines B, favorise l’assimilation et la rétention du calcium et prévient la prolifération des bactéries pathogènes.

- à la présence d’acides aminés essentiels : apportés uniquement par l’alimentation, essentiels à la synthèse de protéines.

- à la présence d’agents antimicrobiens (lactoferrine et lysozyme)

- à la bonne digestibilité de la matière grasse (riche en acides gras à courte chaîne et polyinsaturés)

- à la bonne digestibilité de la matière azotée (les caséines du lait de jument caillent plus difficilement) (Faubladier, 2005)

 

En diététique, le lait et surtout le koumiss, peuvent être prescrits comme aliment revitalisant et régénérateur aux personnes convalescentes, âgées, stressées ou simplement désireuses d’entretenir un bon équilibre physique (Drogoul, 1993). Il en est de même pour les compléments alimentaires à base de lait de jument qui sont vendus sous forme de cures de quelques mois.

Troubles digestifs :

D’après Charmonov et Jengabilov (1991) cités par Drogoul, 1993, le koumiss pourrait agir sur les troubles de la digestion tels que : gastrite chronique, cholécystite, entérite et dysbactériose de l’intestin. Selon Zaguidoulline et al (1987) cité par Drogoul, 1993, suite à une cure de lait de jument, les symptômes dyspeptiques et douloureux ont disparu. Les secrétions gastriques sont redevenues normales ainsi que le transit digestif. Pour Kadirova (1986) cité par Drogoul, 1993, le lait de jument a une influence sur les ulcères gastriques ou duodénaux. Cela est lié à la richesse en acides gras polyinsaturés qui permettent la régénération cellulaire et la cicatrisation des ulcères. La teneur élevée de lactose favorise la flore et la fermentation intestinale. Ceci améliore la digestion et augmente la capacité d’absorption des nutriments par l’intestin. La propriété antibiotique du lait de jument permet de guérir des inflammations et des ulcères du tube gastro-intestinal (Hoffken, 2001).

 

Pour la beauté de la peau :

Le lait de jument et le lait d'ânesse, de par leurs compositions exceptionnelles (vitamines A, B, C et acides gras), sont des "tenseur" idéal pour la peau, et ont le pouvoir de ralentir son vieillissement en la régénérant.

La richesse du lait :

 

 

Mis à profit dans le traitement des maladies digestives, cardiaques, pulmonaires ou diabétiques et principalement pour les soins de la peau.

En Autriche, Russie et Allemagne ils ont trouvés une reconnaissance certaine auprès des autorités médicales. Utilisé dans les hôpitaux spécialisés où le seul traitement de maladies cardiaque et digestives est à base de koumis (lait de jument sous forme d’alcool).

La richesse du lait est due aux :

- Enzyme5gr / litre.

- Acides aminés16, dont 8 essentiels.

- Acides gras essentielsAcide linoléique (possède 2liaisons carbon - carbon)

- VitaminesA, C, D, E, B6, B9.

- Oligo-élémentCalcium, magnésium, phosphore, potassium, zinc.

 

Le lait est naturellement pauvre en lipides (moins de 10 gr / litre) Il n’occasionne donc aucun excès de poids. Il est aussi immédiatement digestible. Il s’agit d’un lait très faible en calories (35 à 40 kcal / 100gr)

 

Quant à ses propriétés, le lait de jument et le lait d’ânesse sont recommandés :

- En cas de troubles du métabolisme, ils favorisent la purification interne.

- En cas de trouble du transit intestinal, de flatulences, de gonflements et d’aérophagie.

- En cas de problèmes de digestion, de ballonnements, de régurgitation et de nausées.

- En cas de problème de peau, d’éruption cutanée et d’intolérance (lait de vache, soleil, pollen).

- En cas de raideurs articulaires et de troubles liés à la ménopause.

- Pour accélérer la convalescence suite à une opération

- Pour les personnes souvent fatiguées et stressées.

- Pour accroître l’énergie des sportifs.

 

L'exploitation de l'ânesse laitière était en honneur chez les peuples anciens. Les Grecs considéraient le lait d'ânesse comme un excellent remède, les Romains en faisaient une boisson de luxe. Hippocrate le recommandait pour toutes sortes de maux : empoisonnements et envenimations, douleurs articulaires, cicatrisation des plaies, etc ...

 

Buffon le signale dans son Histoire Naturelle : "Le lait d'ânesse est un remède éprouvé et spécifique pour certains maux, et l'usage de ce remède s'est conservé depuis les Grecs jusqu'à nous..."

 

Au 19ème siècle, et même au début du 20ème, le lait d'ânesse était un remède auquel recouraient nombre de personnes. S'établirent à l'époque, surtout à Paris, beaucoup de "vacheries asiniennes" où s'adressaient les élégantes afin d'obtenir le précieux breuvage. Lorsque cessa cette mode, les établissements se tournèrent vers la production de lait destiné aux enfants en bas âge que leurs mères ne pouvaient nourrir. C'est ainsi que l'Hôpital des Enfants Assistés a longtemps entretenu un troupeau d'ânesses. On faisait souvent téter les bébés directement au pis de l'ânesse. En pesant le nourrisson, on s'est aperçu qu'il tétait chaque jour entre un litre et un litre et demi. En France, le lait de jument demeure un lait de nutrition pour le poulain. Cependant, dans le cadre de la diversification agricole et de la préservation des races de chevaux de trait, de nouveaux débouchés et de nouveaux consommateurs se présentent au lait de jument. Des produits à base de lait de jument apparaissent, comme les cosmétiques, le substitut de lait maternel, les gélules…

 

Dans les pays de l’Est, principalement la Mongolie et la Russie, le lait de jument est consommé quotidiennement par les habitants sous forme de koumis, produit fermenté. Il est présent dans l’alimentation des populations. Les peuples nomades ont recours au lait de jument pour leur apporter les vitamines et les protéines absentes dans leur alimentation.

 

(P. Dechambre, chef des travaux de zootechnie à l'école vétérinaire d'Alfort dans les années 1900Jasmine BAYLE-LABOURÉ)